Le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré menait un coup d’État au Burkina Faso. Invoquant la lutte contre l’insécurité et les attaques djihadistes, trois ans après, qu’en est-il?
Lorsqu’il apparaît à la télévision nationale le 30 septembre 2022, les Burkinabé ne connaissent pas encore son visage. Ibrahim Traoré, alors jeune capitaine de 34 ans, prend le pouvoir. Il annonce alors la destitution du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’État huit mois plus tôt contre le président élu démocratiquement Charles Kaboré.
C’est pour lutter contre l’insécurité qu’Ibrahim Traoré justifie son coup d’État, dans ce pays en proie à la pression des groupes djihadistes. Depuis 2015, le Burkina Faso ne cesse de subir des attaques terroristes. Entre 2016 et 2018, la capitale Ouagadougou est visée par trois attentats. Les deux principaux groupes armés évoluant dans le pays sont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et l’État islamique en Afrique de l’Ouest.
Reconquérir les territoires aux mains des djihadistes
Ibrahim Traoré se présente alors en chef de guerre, toujours vêtu de sa tenue militaire. Il renforce son armée, achète du matériel militaire, augmente le nombre de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), supplétifs civils de l’armée, et initie le départ des troupes françaises.
Son objectif est clair, il s’agit de reconquérir le pays dont des pans entiers sont sous contrôle djihadiste. « Nous ne sommes pas là pour le pouvoir, expliquait-il. En quatre, cinq ou six mois, l’ordre sera rétabli. »
Mais les attaques se poursuivent. Le Burkina Faso est le pays le plus touché par le terrorisme, selon le Global terrorism index, devant le Pakistan et la Syrie. En 2024, sur les vingt attaques les plus meurtrières au monde, neuf se sont déroulées dans ce pays. Une personne sur cinq, tuée dans le monde à cause du terrorisme, est burkinabé.
« Nous n’étions pas préparés à la guerre »
Dimanche 28 septembre, des journalistes ont interrogé le capitaine Ibrahim Traoré sur le fait que la guerre continue. « Nous n’étions pas préparés à la guerre, tant sur le plan équipement que sur le plan effectifs », répondait-il, en énumérant le nombre faible de matériels militaires en possession du pays à son arrivée au pouvoir.
L’armée burkinabé est également accusée d’exactions, notamment lors du massacre de 136 personnes à Karma, dans le nord du pays, en avril 2023. Bien qu’une enquête soit ouverte, aucune conclusion n’a jusqu’ici été rendue. Parallèlement, le gouvernement de Ouagadougou contrôle strictement la communication, ne publiant plus de chiffres officiels sur les déplacés depuis mars 2023 et réprimant les voix critiques.
Certains, comme le journaliste Serge Atiana Oulon, n’ont pas donné de signe de vie depuis plus d’un an. Plusieurs médias internationaux ont également été suspendus.
La Russie, un partenaire désormais privilégié
Sur le plan diplomatique, le Burkina Faso s’allie avec le Mali et le Niger, également dirigés par des militaires arrivés au pouvoir par des coups d’État, pour former l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces pays se rapprochent de la Russie, désormais partenaire privilégié, et se retirent de plusieurs institutions internationales : la Cédéao, l’Organisation internationale de la francophonie ou encore tout dernièrement, de la Cour pénale internationale (CPI).
Le discours panafricaniste d’Ibrahim Traoré trouve un écho favorable auprès de la population et à l’international, à grand renfort de vidéo générée par intelligence artificielle, faisant l’éloge du capitaine Traoré.
Un retour à la démocratie ne semble pas à l’ordre du jour. Depuis trois ans, les partis politiques sont interdits au Burkina Faso, la commission électorale dissoute, et la transition prolongée, permettant à Ibrahim Traoré de rester au pouvoir jusqu’en 2029 au moins.
TV5 Monde