Le 2 juillet 2025, le représentant résident du Fonds Monétaire International (FMI) en Guinée, Dr Nérée Oumon, a présenté le rapport d’avril 2025 sur les Perspectives Économiques Régionales de l’Afrique subsaharienne, intitulé « Une reprise interrompue ». La présentation a rassemblé des représentants des ministères de l’Économie et des Finances, du Budget, du Plan et de la Coopération Internationale, de la Banque Centrale de la République de Guinée, ainsi que du Groupe de la Banque mondiale.
Le représentant du Groupe de la Banque mondiale en Guinée, Issa Diaw a rappelé que le rapport « Africa’s Pulse » d’avril 2024 soulignait la nécessité pour les économies d’Afrique subsaharienne de s’adapter à un contexte incertain, marqué par : Une incertitude politique croissante susceptible de perturber l’ordre commercial mondial ;
Des changements géopolitiques (régionaux et nationaux) impactant les prix des matières premières et fragmentant les relations internationales ;
Une diminution de l’aide publique au développement.
Face à ces risques, et aux défis structurels que sont la baisse des investissements, la faible productivité, la pauvreté généralisée et la qualité insuffisante des services publics, M. Diaw a insisté sur la nécessité de construire des économies diversifiées et résilientes. Cela implique un renforcement de l’inclusion et de la responsabilité des institutions pour garantir des services de qualité et des opportunités de marché équitables. Il a préconisé, à l’échelle régionale : des politiques monétaires et budgétaires prudentes pour gérer les risques ; une gouvernance plus transparente et responsable de la fourniture des services publics ; un recouvrement équitable des impôts et une meilleure gestion de la dette pour renforcer la confiance publique et dégager une marge de manœuvre budgétaire pour les investissements ; des mécanismes de redevabilité efficaces et des incitations au sein du gouvernement pour lutter contre la corruption ; un environnement propice à la liberté d’expression permettant aux citoyens de faire entendre leurs préoccupations ; un rôle plus équitable et efficace de l’État dans la régulation des marchés ; et une coopération internationale là où les solutions nationales sont insuffisantes.
Concernant la Guinée et le projet Simandou, M. Diaw a relevé que le pays, confronté à des défis similaires aux autres pays de la région, disposait d’un atout majeur : un secteur minier en pleine croissance et le potentiel du projet Simandou, à condition d’en tirer pleinement parti.
Il a souligné que la Guinée a enregistré entre 2016 et 2024 une forte croissance du PIB (6,5 % en moyenne annuelle), principalement tirée par le secteur minier (18,9 % par an en moyenne). Cependant, cette croissance n’a pas généré suffisamment d’emplois ni permis une réduction significative de la pauvreté. Les secteurs non miniers, essentiels à l’emploi de la majorité de la population, ont connu une croissance plus modeste (4,7 % par an). Cette situation évoque le « syndrome hollandais », où la forte croissance d’un secteur extractif (90 % des exportations guinéennes sont des produits extractifs comme la bauxite et l’or) freine le développement des autres secteurs, notamment ceux orientés vers l’exportation. L’exploitation du minerai de fer de Simandou, selon le dernier rapport de suivi de la situation économique en Guinée de la Banque mondiale, stimulera la croissance du PIB, mais risquerait d’aggraver les déséquilibres existants. Néanmoins, Simandou représente une opportunité de transformation économique significative, sous réserve de la mise en œuvre de mesures macro-fiscales appropriées et de réformes sectorielles.
Pour un développement inclusif et durable, la Guinée doit donc mettre en œuvre des politiques économiques et des réformes urgentes. La Banque mondiale a identifié sept domaines d’action prioritaires : le renforcement de la stabilité macro-budgétaire et de la viabilité de la dette ; l’amélioration de la mobilisation et de la gestion des recettes intérieures ; l’amélioration de l’accès aux infrastructures clés (électricité, transport routier, numérique) et réduction des inégalités d’accès aux marchés ; l’amélioration du climat des affaires grâce à des politiques prévisibles ; l’augmentation de la productivité agricole et de la fiabilité de la production agricole ; la protection de l’économie contre le changement climatique et renforcement de la résilience aux chocs ; et la mise en œuvre de systèmes de redevabilité efficaces.
« La Banque mondiale s’est engagée à soutenir la Guinée par le biais de projets d’investissement, de programmes d’appui aux réformes, du partage de connaissances et de l’assistance technique » note t-il.
Dr. Oumon a souligné que le rapport du FMI met en évidence une forte reprise économique mondiale, stimulée par les transformations de la politique commerciale internationale, dont l’impact sur la région est indirect. En Guinée, la croissance a été résiliente en 2024, malgré l’explosion du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum. À partir de 2025, la construction du projet Simandou devrait dynamiser la croissance, avec une croissance à deux chiffres prévue par le FMI en 2026.
Le FMI a maintenu une coopération étroite avec la Guinée, lui accordant des prêts lors de chocs exogènes (COVID-19, choc alimentaire, explosion de Kaloum). Des négociations sont en cours pour un nouveau programme économique et financier visant à préparer l’économie à l’impact du projet Simandou sur les finances publiques.
Le Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, Dr Karamo Kaba, s’est montré optimiste, anticipant des taux de croissance encore plus élevés que ceux prévus par le FMI (13 %, 14 % ou 15 %). Il a mentionné les négociations en cours avec le FMI pour un programme de Facilité élargie de crédit, et l’objectif de crédibiliser et de normaliser l’économie guinéenne, notamment par la création d’un fonds souverain dans le cadre du projet Simandou Horizon 2040 et l’obtention d’une notation souveraine.
Pour clôturer la cérémonie, le secrétaire général du ministère de l’Économie et des Finances, Mamoudou Touré a résumé la rencontre en trois points : la situation économique et les perspectives, les incertitudes géopolitiques et la baisse de l’aide, et les pistes de réforme. Il a souligné l’importance de la responsabilité mutuelle et du dialogue constructif avec les partenaires. Il a également mis en avant la croissance robuste de la Guinée (environ 6 %), supérieure à la moyenne sous-régionale, et la nécessité d’optimiser la mobilisation des recettes, notamment par la digitalisation des procédures fiscales et la rationalisation des dépenses fiscales.
La rédaction





