Souleymane Baldé, dit « Zakino », est une figure emblématique du football guinéen, reconnu pour son travail de formation à la tête des Espoirs de Labé, club qu’il a fondé. Son engagement pour le football de base a fait de son académie un pôle essentiel dans la région de Labé. Fort de son expérience, qui l’a mené jusqu’au poste de sélectionneur adjoint du Syli U17, il est considéré comme l’un des entraîneurs les plus expérimentés de Guinée, avec un esprit combatif et un engagement indéfectible pour le développement local. Dans cet entretien, il revient sur ses objectifs avec les Espoirs de Labé, sa philosophie de coaching, son parcours, et dresse un état des lieux sans concession du football à Labé.
L’Entretien
Aubeafrique.com : Quels sont vos objectifs en tant qu’entraîneur des Espoirs de Labé ?
Mon objectif principal est de réorganiser ce club afin qu’il retrouve l’élite qu’il a connue pendant douze saisons avant sa relégation en championnat National. Cette descente a eu un impact très négatif sur la promotion et la valorisation des jeunes joueurs à Labé. L’un de mes objectifs spécifiques est également l’intégration des joueurs issus de notre centre de formation, car ils incarnent souvent mieux les valeurs du club, et je souhaite leur donner un temps de jeu conséquent.
Qu’est-ce qui vous motive à travailler avec cette équipe en particulier ?
Souleymane Baldé : Je me suis toujours dit que c’est avec ce club que la quasi-totalité des jeunes de Labé ont signé leur première licence et ont pu jouer au plus haut niveau de notre football. La relégation des Espoirs de Labé en National a eu pour conséquence que les jeunes joueurs de Labé ne jouent plus dans l’élite. J’estime qu’il est urgent et crucial, pour ces jeunes talents, que nous retrouvions cette élite. C’est la condition pour sauver notre football à Labé.
Quelle est votre expérience en tant qu’entraîneur de football ?
Souleymane Baldé : 1994 – 2002 : Fello Star de Labé (détenteur de la Coupe nationale et représentant de la Guinée en Coupe de l’UEFA).
2002 – 2015 : Espoirs de Labé, où j’ai fait monter l’équipe du championnat National à la Ligue 1.
2013 – 2015 : Entraîneur adjoint du Syli Cadet (U17). Nous avons terminé 3e de la Coupe d’Afrique au Niger en 2015 et nous nous sommes qualifiés pour la Coupe du monde au Chili.
2018 – 2019 : Entraîneur adjoint du Syli National Cadet, Vice-champion d’Afrique en Tanzanie en 2019.
2019 – 2025 : Entraîneur-formateur au sein du club des Espoirs de Labé.
Quelles sont vos compétences en matière de développement des jeunes joueurs ?
La détection, la formation et la mise en confiance ont toujours été mon point fort. Après la détection, je concentre le travail des jeunes de 17 à 18 ans sur le développement physique (vitesse, endurance, agilité, équilibre, coordination, force, puissance), l’aspect mental, la tactique, et surtout, la mise en confiance en situation de match.
Comment gérez-vous les situations de pression et de stress pendant les matchs ?
Je n’accepte pas la pression en général. Elle vient souvent de l’extérieur. Je reste donc calme pour atteindre mes objectifs match par match, en étroite collaboration avec mon staff. Pendant les rencontres, je garde toujours mon sang-froid pour diriger mes joueurs en fonction de la tactique de jeu que nous avons mise en place. Que ce soit avec ou sans victoire, je reste calme. Je ne me stresse jamais après un match, quel que soit le résultat. J’assume, et dès le lendemain, le travail reprend.
Quel est votre style de coaching ? Autoritaire, participatif, etc. ?
Mon style de coaching est à la fois autoritaire et démocrate. Je suis autoritaire, car certaines décisions sont prises par l’entraîneur seul, et il doit les assumer. Mais je suis aussi démocrate lorsqu’il s’agit de consulter mon staff technique pour une prise de décision. Nous nous consultons et prenons la décision ensemble. Il y a même certaines situations où j’effectue un sondage auprès des joueurs pour trouver la meilleure solution.
Quels sont les principaux défis que vous rencontrez en tant qu’entraîneur des Espoirs de Labé ?
En tant qu’entraîneur, je rencontre plusieurs types de défis : les défis sportifs et tactiques : C’est le cœur du métier.
Les défis humains et relationnels : C’est souvent là que se joue la réussite ou l’échec.
Les défis institutionnels et externes : La pression vient de partout.
Le défi personnel et psychologique : Je m’efforce de toujours bien me gérer moi-même.
Comment se porte le football à Labé ?
À la base, le football à Labé se porte bien. Il y a des académies qui travaillent, les talents sont là, et l’animation de base est active : inter-quartiers, tournois scolaires, tournois mémoriaux et matchs amicaux entre académies.
Là où le football ne se porte pas bien, c’est au niveau du manque d’organisation. Il n’y a pas d’objectif commun pour trouver une sortie de crise pour les trois clubs de Labé : Fello Star, Espoirs de Labé et Kolima AC. C’est une chance manquée pour nos jeunes joueurs de participer au championnat national et de retrouver l’élite, pour le plaisir de nos millions de supporters qui rêvent de revoir ce championnat auquel ils étaient vraiment habitués.
Quel est votre message final ?
Mon message s’adresse aux responsables concernés de Labé : ils doivent organiser une assemblée générale pour trouver une sortie de crise. Que Dieu sauve le football de Labé.
Entretien réalisé par Ibrahima Sory Bangoura





