À Islamabad, capitale du Pakistan, deux visions du monde opposées vont se faire face. Des représentants de l’Iran et les États-Unis sont attendues pour des négociations ce vendredi 10 avril au troisième jour du cessez-le-feu dans la guerre au Moyen-Orient.
Les négociations s’annoncent tendues mais devraient bien avoir lieu ce vendredi 10 avril au Pakistan après trois jour du cessez-le-feu. Les Iraniens ont même remis en question leur présence après des frappes israéliennes qui ont fait ce mercredi 8 avril plus de 300 morts au Liban.
« La tenue de pourparlers visant à mettre fin à la guerre dépend du respect par les États-Unis de leurs engagements en matière de cessez-le-feu sur tous les fronts, en particulier au Liban », a indiqué Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, dans des propos rapportés par l’agence Isna.
Sous haute sécurité, Islamabad s’est transformée en ville fantôme où les négociations doivent se tenir dans un hôtel de luxe pour accueillir les hommes forts de ces négociations.
L’isolationnisme de l’Américain J.D. Vance
Côté américain, c’est JD Vance, vice-président de Donald Trump, qui devrait faire le déplacement. L’ambitieux homme politique de 41 ans et ancien militaire fait face à ce qui est sans doute le rôle le plus important de sa jeune carrière. Le Républicain pressenti dans la course pour succéder à Donald Trump lors de l’élection de 2028 doit faire ses preuves.
D’autant qu’il s’est lui-même opposé à l’intervention américaine en Iran. Selon le New York Times, il aurait confié au président : « Je pense que c’est une mauvaise idée, mais si vous voulez le faire, je vous soutiendrai », juste avant que Trump ne donne son feu vert. Cette négociation signe son grand retour sur le devant de la scène dans une position aussi prestigieuse que périlleuse.
JD Vance risque cependant de buter sur un nœud diplomatique à Islamabad. « Je ne vois pas de cas où le vice-président a déjà mené des négociations officielles de cette manière », estime auprès de l’AFP Aaron Wolf Mannes, maître de conférences à l’université du Maryland. « C’est quelque chose de très risqué, mais avec peut-être une forte récompense » à la clé, ajoute-t-il.
Le président américain a dit à NBC News être « très optimiste » sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l’écart entre les positions des deux pays.
L’expérience de l’Iranien Mohammad Ghalibaf
Pour les représenter, les Gardiens de la révolution devraient envoyer une figure de longue date, le président de l’Assemblée, Mohammad Ghalibaf. Né en 1961 à Torqabeh, près de Mashhad (nord-est), l’homme fort de la République islamique cumule près de cinquante ans d’expérience au cœur du régime.
Il intègre les Gardiens de la révolution, dès leur création, dans les années 80. Il devient un haut responsable militaire des Gardiens de la révolution pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988) avant de diriger la police nationale iranienne. Du militaire, il se dirige ensuite vers le politique. Il devient entre 2005 et 2017 le maire de la capitale de Téhéran avant d’échouer à plusieurs reprises aux élections présidentielles.
Fort de son parcours, Mohammad Ghalibaf est perçu en occident comme une figure moins radicale et un interlocuteur privilégié pour les négociations. « Il a l’expérience, il connaît les rouages du système. Il est donc susceptible d’être un interlocuteur dans le cadre de négociations », soulignait David Rigoulet-Roze, chercheur à l’institut français d’analyse stratégique et chercheur associé à l’EISMENA, spécialisé sur la région du Moyen-Orient, dans le journal Le Point. Mohammad Ghalibaf sera également accompagné du chef de la diplomatie, Abbas Araghtchi.
Pour autant, un flou demeure autour de leur participation. « Les informations relayées par certains médias selon lesquelles une équipe de négociateurs iraniens serait arrivée à Islamabad, au Pakistan, pour négocier avec les Américains sont totalement fausses » avait rapporté hier l’agence de presse iranienne Tasnim, citant une source anonyme.
« Tant que les États-Unis ne respecteront pas leur engagement de cessez-le-feu au Liban et que le régime sioniste poursuivra ses attaques, les négociations seront suspendues ». Le ministre de la Défense pakistanaise, Khawaja Asif, avait lui-même réagit aux attaques israéliennes au Liban. Il avait qualifié jeudi soir sur X Israël de « diabolique », pourtant au cœur des négociations entre les deux pays.
Le Pakistan au cœur des intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington
Le Pakistan assume la médiation en vertu de ses bonnes relations avec les deux protagonistes. L’Iran a été le premier pays à le reconnaître après son indépendance en 1947. Les deux voisins partagent une frontière de 900 kilomètres ainsi que des liens historiques, culturels et religieux profonds.
Islamabad représente les intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington en l’absence d’ambassade iranienne et compte plus de 20 millions de musulmans chiites, soit la deuxième plus importante communauté au monde après celle d’Iran. Islamabad cultive aussi des relations étroites avec Washington, Ryad et Pékin.
Donald Trump a de fait déclaré à l’AFP que la Chine avait contribué à convaincre l’Iran de négocier. « L’espoir s’amenuisait mais la Chine est intervenue et a convaincu l’Iran d’accepter un cessez-le-feu préliminaire », a confirmé à l’AFP un haut responsable pakistanais.
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