Avec l’arrivée des grandes pluies, la décharge de Dar-es-Salam redevient une source majeure d’inquiétude pour les populations riveraines. Chaque année, l’hivernage transforme cette immense montagne d’ordures en un foyer de pollution aux conséquences sanitaires et environnementales alarmantes. Les habitants dénoncent une situation devenue insupportable.
Dès les premières fortes précipitations, les eaux de ruissellement traversent les amas de déchets et charrient des liquides souillés vers les habitations environnantes. Les rues se transforment en ruisseaux d’eaux contaminées, tandis que les odeurs nauséabondes envahissent les concessions. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, il devient difficile de manger, de dormir ou même de rester à l’intérieur des maisons lorsque le vent souffle depuis la décharge.
Au-delà de l’inconfort quotidien, les risques sanitaires préoccupent davantage les riverains. Les eaux stagnantes favorisent la prolifération des moustiques, augmentant les risques de maladies telles que le paludisme. Les enfants sont particulièrement exposés aux infections liées à l’insalubrité, tandis que les habitants redoutent également les maladies respiratoires causées par les fumées qui continuent de se dégager du site malgré les pluies.
« Pendant l’hivernage, les ordures descendent parfois jusque dans les maisons », confie un habitant du quartier, qui déplore l’absence de solution durable malgré les nombreuses alertes lancées depuis plusieurs années. Les populations affirment vivre dans une peur permanente face aux risques d’éboulement et de glissement des déchets, surtout lors des fortes précipitations.
La décharge de Dar-es-Salam, considérée comme la plus grande du pays, est depuis longtemps décrite comme une véritable bombe sanitaire au cœur de Conakry. Des manifestations de riverains ont régulièrement été organisées pour réclamer sa fermeture ou sa délocalisation.
Face à cette urgence environnementale, les autorités ont annoncé plusieurs projets visant la fermeture et la réhabilitation du site. Toutefois, sur le terrain, les habitants attendent toujours des résultats concrets. En attendant, l’arrivée des grandes pluies continue de raviver les mêmes inquiétudes : maladies, pollution et odeurs pestilentielles rythment le quotidien de milliers de familles vivant à proximité de cette décharge à ciel ouvert.
Selon Mme Diallo Aminata Sow, résidente:« Chaque année, c’est la même souffrance », lâche Mme Diallo, habitante de Dar-es-Salam, la voix tremblante de colère. « Dès que la pluie commence, on ne respire plus. Les ordures descendent avec l’eau jusque dans nos concessions. Mes enfants tombent souvent malades, ils toussent, ils ont le paludisme à répétition. Et pourtant, on vit ici comme si notre santé ne comptait pas. »
Elle pointe du doigt la direction de la décharge, à quelques mètres de son domicile. « Regardez cette odeur ! On ne peut même pas manger tranquillement. La nuit, c’est pire. Les moustiques, les eaux sales, les déchets partout… On est fatigués de parler. On veut juste qu’on nous écoute et qu’on nous déplace d’ici ou qu’on ferme enfin ce site. »
Les larmes aux yeux, elle ajoute : « On nous promet des solutions chaque année, mais rien ne change. Nous, on vit avec la peur et la maladie. »

Ibrahima Sory Bangoura