La médecine est avant tout une vocation. En prêtant le serment d’Hippocrate, chaque médecin s’engage à placer la vie humaine, la dignité et le bien-être du patient au-dessus de tout intérêt personnel. Pourtant, en Guinée, de nombreux témoignages et dénonciations continuent de mettre en lumière des pratiques qui interrogent profondément l’éthique médicale.
Dans plusieurs structures sanitaires publiques, des patients affirment être confrontés à des demandes de paiements informels, à des retards de prise en charge faute d’argent ou encore à des orientations vers des cliniques privées appartenant à certains praticiens. Pour les familles les plus modestes, ces pratiques représentent parfois une véritable condamnation, les obligeant à choisir entre leur santé et leurs maigres ressources.
Il serait toutefois injuste de jeter l’opprobre sur toute une profession. La Guinée compte de nombreux médecins, infirmiers et personnels de santé qui exercent leur métier avec dévouement, souvent dans des conditions difficiles, avec un manque d’équipements, des salaires limités et une surcharge de travail. Leur engagement mérite d’être salué.
Mais les dérives de certains praticiens ternissent l’image de toute la corporation. Lorsque le patient devient une source de profit plutôt qu’un être humain à soigner, la confiance entre le médecin et la population s’effondre. La santé cesse alors d’être un droit fondamental pour devenir un privilège réservé à ceux qui peuvent payer.
Depuis plusieurs années, des responsables publics et des observateurs dénoncent ces comportements. Des cas de détournement de patients vers des cliniques privées, de paiements illicites ou de refus de soins ont régulièrement alimenté le débat public en Guinée.
Le véritable défi est aujourd’hui de restaurer la confiance. Cela passe par un renforcement du contrôle des structures sanitaires, l’application rigoureuse du code de déontologie, des sanctions contre les praticiens fautifs, mais aussi par une amélioration des conditions de travail du personnel de santé.
La santé n’est pas une marchandise. Derrière chaque malade se cache une famille, une histoire, une espérance de vie. Aucun intérêt financier ne devrait prendre le pas sur le devoir sacré de sauver des vies.
Le serment d’Hippocrate n’est pas une simple formalité prononcée lors d’une cérémonie de fin d’études. Il constitue un engagement moral qui accompagne le médecin tout au long de sa carrière. Le respecter, c’est honorer la médecine. L’oublier, c’est trahir la confiance des patients et les valeurs fondamentales de cette noble profession.
Selon Mohamed Saliou Camara, père de famille :« Je ne remets pas en cause tous les médecins, car j’en connais qui travaillent avec honnêteté et qui sauvent des vies chaque jour. Mais ce que j’ai vécu m’a profondément marqué.
Un jour, j’ai accompagné un membre de ma famille dans un hôpital public. Malgré l’urgence de son état, nous avons eu l’impression que la prise en charge dépendait davantage de notre capacité à payer que de son état de santé. À plusieurs reprises, on nous a demandé d’acheter du matériel ou de verser de l’argent avant que certains soins ne soient réalisés. Pendant ce temps, l’état du malade se dégradait.
Je me suis demandé : où est passé le serment d’Hippocrate ? La santé ne devrait pas être un luxe. Les citoyens viennent à l’hôpital avec l’espoir d’être soignés, pas avec la peur de ne pas avoir suffisamment d’argent.
Je tiens toutefois à préciser que tous les médecins ne se comportent pas ainsi. Beaucoup accomplissent leur mission avec professionnalisme, malgré des conditions de travail difficiles. Mon souhait est simplement que les mauvaises pratiques cessent afin que chaque Guinéen, riche ou pauvre, puisse bénéficier de soins dignes et équitables. La vie humaine n’a pas de prix. »
Pour ce médecin qui a requis l’anonymat: « J’ai choisi la médecine par vocation, pas pour m’enrichir. Chaque jour, je fais face à des patients qui arrivent dans un état critique, souvent sans moyens financiers. En tant que médecin, il est douloureux de voir des familles incapables d’acheter les médicaments ou les examens nécessaires.
Je reconnais qu’il existe des comportements qui ne sont pas conformes à notre éthique. Certains confrères donnent malheureusement l’impression que l’argent passe avant le patient. Ces pratiques portent atteinte à la crédibilité de toute la profession et alimentent la méfiance de la population.
Mais il faut aussi comprendre la réalité du terrain. Nous travaillons parfois avec un manque de matériel, des ruptures de médicaments, des équipements défectueux et des conditions de travail éprouvantes. Beaucoup de médecins continuent pourtant de servir avec intégrité, souvent au prix de sacrifices personnels. Le serment d’Hippocrate nous rappelle que notre première responsabilité est envers le malade. Il doit rester notre boussole, quelles que soient les difficultés. Les dérives doivent être dénoncées et sanctionnées, mais il est tout aussi important de soutenir les professionnels qui exercent leur métier avec honnêteté et de donner au système de santé les moyens de fonctionner correctement.
La confiance entre les médecins et les citoyens ne pourra être restaurée que si chacun assume sa part de responsabilité : les autorités, les professionnels de santé et les usagers. Notre mission est de soigner, de soulager et de préserver la dignité de chaque patient.»

BIS

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