Située sur le littoral guinéen, à l’abri d’une vaste étendue de mangrove, la préfecture de Dubréka est le théâtre d’intenses activités génératrices de revenus pour les communautés locales. Pêche, riziculture, extraction de sel, agriculture, apiculture ou encore cueillette d’huîtres constituent le quotidien de ses habitants.
Dans un entretien accordé à notre rédaction, M. Alsény Bangoura, coordonnateur des ports et débarcadères de Dubréka, met en lumière l’importance capitale de cet écosystème, tout en tirant la sonnette d’alarme face aux menaces anthropiques qui le guettent.
D’entrée de jeu, M. Bangoura rappelle l’ampleur du patrimoine naturel de la localité : « La mangrove de la préfecture de Dubréka s’étend sur une superficie de 38 000 hectares. Elle compte 52 débarcadères, 8 îles et plusieurs campements rattachés aux différents villages. »
Toutefois, cette richesse est quotidiennement fragilisée par l’action humaine. Parmi les principales pressions identifiées figurent la coupe abusive de bois, la pratique de cultures vivrières par manque de terres arables et l’implantation de compagnies minières au cœur même des zones de reproduction.
« Pourtant, cette mangrove abrite des espèces marines et des zones de frayère vitales qu’il faut absolument protéger », insiste le coordonnateur.
Malgré ces contraintes, le secteur de la pêche connaît une évolution notable dans la préfecture.
« Auparavant, nous ne connaissions ici que la pêche de subsistance. Mais aujourd’hui, la pêche artisanale et semi-industrielle s’est développée, notamment autour des ports de Kumpren (Compenrin) et Soumba », explique M. Bangoura.
Cette dynamique repose également sur un effort de structuration et de modernisation des acteurs locaux : « Nous avons réorganisé les pêcheurs et leurs filières. Aujourd’hui, Dubréka compte plus de 60 groupements agréés de pêcheurs, de fumeuses de poisson et de mareyeuses, répartis dans les différents débarcadères. À cela s’ajoutent des groupements de bûcherons et de cueilleurs de miel. Ces exploitants ont été formés et équipés d’outils adéquats pour une exploitation rationnelle des ressources. Par exemple, l’extraction du sel se fait désormais grâce au système solaire », se félicite-t-il.
Pour M. Alsény Bangoura, la valorisation de cette zone côtière constitue un levier majeur pour le développement local et un rempart contre l’immigration clandestine chez les jeunes. Néanmoins, plusieurs défis subsistent : les conflits d’usages entre pêcheurs artisanaux et semi-industriels, les tensions foncières entre agriculteurs locaux et transhumants vers Boffa, ainsi que l’impact de l’implantation minière sur les zones de reproduction marine.
Face à ces enjeux, le coordonnateur interpelle les autorités : « Si l’État ne prend pas des dispositions fermes face à cette situation, c’est toute l’économie de la pêche artisanale qui risque de s’effondrer dans notre préfecture », avertit-il.
Abdoulaye Keita




