Le groupe djihadiste Boko Haram a perpétré une nouvelle attaque contre une ville du nord-est du Nigeria, dans l’État de Borno, provoquant la fuite de milliers d’habitants vers le Cameroun voisin.
Selon Umar Ari, dirigeant une force d’auto-défense engagée dans la lutte contre les djihadistes, des dizaines de membres de Boko Haram ont pris d’assaut, sans en prendre le contrôle, la ville de Kirawa, situé en périphérie de la ville de Gwoza, à la frontière avec le Cameroun, dans la nuit du 1er au 2 octobre, incendiant des habitations et poussant près de 5.000 habitants à fuir.
« L’attaque a contraint les 5.000 habitants à quitter la ville, dont environ 3.000 ont traversé la rivière pour rejoindre le Cameroun, y compris notre chef traditionnel », a déclaré de son côté Yakubu Ali, chef communautaire et président de l’Association pour le développement de Kirawa. Les 2.000 habitants restés au Nigeria se sont dirigés vers les localités voisines de Pulka, Gwoza et Maiduguri, la capitale régionale située à 130 kilomètres, a-t-il précisé.
Fuite vers le Cameroun voisin
Kirawa a été « complètement désertée » après l’incendie des maisons par les djihadistes, témoigne Hassan Butari, un habitant arrivé le 2 octobre à Maiduguri. « Beaucoup d’entre nous ont traversé la frontière pour se réfugier dans des villages camerounais voisins, en attendant que la situation se stabilise », ajoute-t-il. Aucun mort ni blessé n’a été rapporté pour le moment.
Cette attaque fait suite à un précédent raid, dans la ville de Banki, toujours dans le nord-est du pays, dans le district de Bama, le 19 septembre. Des hommes armés ont fait fuir les soldats qui s’y trouvaient et se sont emparés de leurs armes et de leurs munitions rapporte Reuters. Un soldat appartenant au 152 bataillon stationné à Banli affirme que les insurgés sont venus en nombre, forçant les forces de sécurité à prendre la retraite après de violents échanges de tirs. Selon un habitant de Banki, les militaires et paramilitaires se sont enfuits au Cameroun et ne sont revenus que le lendemain de l’attaque.
L’ancien président Goodluck Jonathan, lors de la présentation d’un livre écrit par le général Lucky Irabor, ancien chef d’état major de la Défense, a déclaré ce 3 octobre à Abuja qu’il aurait cru que la menace de Boko Haram aurait été éliminée avec le gouvernement de Buhari. Jonathan a évoqué les mesures que son gouvernement a mis en place, sans succès, pour éliminer les forces insurrectionnelles. Les terroristes avaient réclamé le général Buhari pour négocier rappelle-t-il.
L’ancien président confie au quotidien The Nation : »j’ai pensé alors que s’ils réclamaient Buhari pour être leur porte-parole et négocier avec le comité gouvernemental, quand il prendrait la présidence, ce serait plus simple de négocier avec eux et qu’ils rendraient leurs armes. » Pour Goodluck Jonathan, l’incapacité de Buhari à éradiquer Boko Haram prouve que la crise est beaucoup plus profonde qu’on ne le pense.
L’ancien président a poursuivi en évoquant le drame du kidnapping des jeunes filles à Chibok, disant que cela resterait une cicatrice à jamais gravée dans le bilan de son action. « L’une des cicatrices majeures de mon gouvernement – et elle restera sur mon visage […] – aucun chirurgien plasticien ou esthétique ne pourra l’enlever – est la question des filles de Chibok. C’est une cicatrice avec laquelle je vais mourir. Mais peut-être que plus tard, plus de faits seront connus, et cela dépend aussi de Boko Haram. »
La zone dans laquelle se trouve la ville de Kirawa est régulièrement ciblée par Boko Haram depuis 2014, année où le groupe djihadiste s’était emparé de la ville de Gwoza, qu’il avait proclamée califat après avoir pris le contrôle d’une grande partie de l’État de Borno.
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