Appels, messages vocaux WhatsApp, réseaux sociaux et même vidéos…, le smartphone s’est invité derrière le volant, transformant chaque trajet en une roulette russe pour les passagers et les piétons.
Dans les embouteillages monstres de la capitale, beaucoup de conducteurs se bercent de l’illusion qu’utiliser leur téléphone à faible allure est sans danger. C’est une erreur fatale. Les spécialistes de la sécurité routière le rappellent qu’une seule seconde d’inattention suffit pour basculer dans le drame, particulièrement dans une ville où piétons, motos et voitures se disputent une chaussée souvent désorganisée.
Les conséquences de cette distraction sont déjà là, mesurables et dramatiques. En juin 2025, à Hamdallaye, un chauffeur distrait par son téléphone a fauché trois enfants, tuant l’un d’eux et blessant gravement les deux autres.
Selon l’Agence Guinéenne de la Sécurité Routière (AGUISER), la Guinée a enregistré plus de 3 300 accidents en 2025, faisant plus de 500 morts. L’imprudence, l’indiscipline et l’usage du téléphone figurent parmi les causes majeures de ce bilan sanglant.
Pour les usagers des transports en commun, la peur a remplacé la sérénité. Mohamed Cissé, un habitant qui effectue chaque jour le trajet Gbéssia-Kaloum, témoigne de ce calvaire quotidien : « Ce qui me fait le plus peur aujourd’hui, ce n’est même pas l’état des routes, mais les chauffeurs suspendus à leur téléphone. Une fois, à Madina, notre chauffeur était tellement absorbé par son écran qu’il n’a pas vu une moto couper sa route. On a évité le pire de justesse grâce aux cris des passagers. Depuis, je ne me tais plus : dès que je vois un téléphone, j’exige qu’on le range. On a l’impression que cette mauvaise habitude est devenue normale, mais ce sont nos vies qui sont en jeu. »
Devant l’ampleur du phénomène, la riposte s’organise, mais le chemin reste long. L’AGUISER, la Police nationale et plusieurs ONG multiplient les campagnes de sensibilisation et les formations de proximité, notamment dans les gares routières du Grand Conakry.
Cependant, pour la majorité des citoyens, la sensibilisation ne suffit plus. Face à une pratique devenue culturelle, l’heure est à la tolérance zéro. Pour que les routes de Conakry cessent d’être des coupe-gorges, les autorités doivent désormais passer à la vitesse supérieure : « Renforcer les contrôles et appliquer des sanctions financières et pénales exemplaires. »
Comme pour dire que chaque seconde d’inattention sur WhatsApp peut coûter une vie humaine.
Ibrahima Sory Bangoura